L'île de Gorée où je voulais aller ...

Porte du voyage sans retour - Gorée

 

Comme je l'évoque brièvement dans mon parcours j'ai vécu quelques tranches de vie en Afrique et plus précisément centrale et de l'Ouest. Cette époque de ma vie reste gravée à jamais dans ma mémoire, mon esprit et ma chair et l'épisode que je vais vous raconter m'est revenu avec beaucoup d'émotion à l'occasion d'une interview d'une jeune journaliste qui a souhaité me rencontrer pour faire mon portrait.

En 1981, après plusieurs mois passés au Cameroun où je travaillais, j'ai voulu passer mes vacances au Sénégal et me rendre sur l'île de Gorée. Plusieurs copains que j'avais connus étant étudiante m'avaient raconté que vivant à Dakar, ils allaient assez régulièrement y passer leurs dimanches étant enfants. Sous une chaleur certaine, un jour de fin juillet, avant de rentrer quelques temps en France, je suis partie à Dakar à l'aventure et je me suis rendue à Gorée dès le lendemain de mon arrivée dans la capitale Sénégalaise.

J'ai donc pris le petit bateau à l'embarcadère et après 20 minutes de traversée, j'ai posé le pied sur le sol sur cette île. J'ai alors été immédiatement bouleversée au point d'avoir des larmes et des sanglots que j'ai eu bien du mal à réprimer en me mettant vite à l'écart des personnes qui se trouvaient à bord du bateau et qui s'avançaient en même temps que moi sur l'île.

J'ai mis cela sur le compte de ma sensibilité aux souvenirs de copains qui avaient évoqué leur enfance à jamais révolue et je me suis dit que j'étais décidément une incorrigible émotive tandis que mes larmes continuaient à couler. Tout en marchant et en m'avançant dans les ruelles de cette île, j'avais l'impression d'être un peu au bout du monde dans ce petit village vraiment mignon et accueillant. Quel calme, comparé à l'effervescence qu'il y avait dans les rues de Dakar ! 

 

Maisons des esclaves - Gorée

 

À un moment donné, après dix minutes de marche et de découverte, j'entendis un homme parler et je me souviens qu'il disait à peu près : c'est de là que les bateaux partaient à destination du nouveau monde ... Je me suis approchée et j'ai écouté. Il était question de commerce de matière première mais aussi humain avec des esclaves entassés dans ce lieu puis embarqués pour certains avec pour destin des conditions de vie et de travail inacceptables. J'ai su plus tard que ce gardien du temple en quelque sorte s'appelait Joseph N'Diaye et que la mission qu'il s'était donnée était de perpétuer le respect et la mémoire de ces terribles épisodes de l'histoire des peuples.

Je me suis documentée très vite en rentrant en France et même si ce n'est pas de Gorée que sont partis d'Afrique la majorité des millions d'esclaves exportés aux Amériques, il y en a eu -tout de même- des milliers  ...  Jamais dans nos conversations, mes copains sénégalais ne l'avaient évoqué, par pudeur ou discrétion, sans doute. 

Pourquoi, me suis-je demandé bien souvent -et je me pose encore la question- avais-je été à ce point bouleversée et pourquoi le suis-je encore lorsque je m'en souviens ... Je ne suis pas du genre à avoir des certitudes mais je dirai que j'ai de fortes présomptions qui penchent vers le 'oui' concernant la réincarnation ... avec des manifestations que j'appellerais des ... réminiscences ? Je suis émue à chaque fois que j'entends de la musique qui vient d'Afrique de l'Ouest et plus précisément le son de l'instrument qu'est la Kora. 

Étrange ... vous ne trouvez-pas ?

 

Kora Jazz trio - Foly

Retour à Gorée : le film !